La maladie de la peur

Publié le par Mlle Capucine

 

Le Désespéré (1843-1845) Courbet © Collection particulière 

 

Une ombre géante s'était abbatu sur sa vie, tout lui semblait étrange, comme arraché de sa propre existence et de son propre corps.


Cette première rencontre fut difficile, quand la porte s'est ouverte je ne m'attendais pas à tomber nez à nez avec ce regard rempli d'effroi, glacé par la peur, c'est ce que j'ai ressenti sur l'instant. C'est étrange comme son regard pouvait créer autant d'effervescence. J'étais habituée à aller à la rencontre de femme d'un certain âge, c'est le risque du métier : les surprises; parfois de taille, on essaye de se préparer à toute éventualité mais la réalité quelquefois va au delà de l'imagination.


Je ne pouvais m'empêcher de fixer ses yeux, comme si je cherchai un signal d'alerte qui me permettrait de fuir à la moindre avarie, et plus je le fixais et plus son regard s'enfonçait dans la folie. Chaque geste ,chaque parole trahissaient son état fébrile : sa main tremblante quand il prit les médicaments que je lui tendais, sa bouche qui s'ouvrait à peine pour cracher quelque mot à demi audible, cette bouche cernée d'un mélange de salive et de barbiturique quelconque.


Lui proposer une aide pour sa toilette me semblait insolite étant donné l'impression forte que je ressentais, j'avais la sensation d'être sortie de moi-même et que j'observai la scène extraordinaire, il refusa, ce n'était pas le jour, la douche c'est le jeudi pas le lundi me lança-t-il avec rage. ... Bon, je vous souhaite une bonne journée et à jeudi alors. Il me tendit la main pour me dire au revoir, le contact de sa peau moite et glacée, mélangé au même instant au trou noir de son regard me glaça le sang, je restai figée, devant la porte fermée,  pleine du trouble que le personnage avait éveillé en moi.

Publié dans Portrait

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